L’affaire T. Barahira et O. Ngenzi : semaine 30 mai-3 juin 2016

Cour d'assises Paris (C) Sarah Akis
Cour d’assises Paris (C) Sarah Akis

Lundi 30 mai 2016

Une première partie de l’audience marquée par le témoignage de M. Augustin NSABIMANA. Durant son interrogatoire par Me Meilhac, debout devant son micro, il reste face à la cour. À aucun moment il ne se retourne vers Me Meilhac ou le box des accusés même lorsque celui-ci s’adresse à lui. Son témoignage concerne l’implication de M. Barahira dans ce génocide.

Une fois son témoignage fini, Mme la Présidente remercie le témoin et annonce une suspension d’audience de 5 minutes. À son retour, la visio-conférence est prête afin d’écouter le second témoin de cette matinée M. Christophe HATEGEKIMANA. Très vite, on en arrive aux questions de Mme la Présidente, les membres de la cour, les avocats des parties civiles, l’Avocat Général et pour finir les avocats de la Défense. Aucune question n’est posée par les avocats de la partie civile alors que Me Meilhac en pose un bon nombre. Son témoignage ne permet pas de placer M. Barahira ou M. Ngenzi dans ce conflit. Il dit ne les avoir aperçus à aucun moment ; ni l’un ni l’autre.

Les deux témoins entendus aujourd’hui sont des personnes qui ont participé à des attaques contre les Tutsis. M. Christophe Hategekimana a lui été condamné à une peine de 7 ans.

Une fois l’audition des deux témoins terminée, Mme la Présidente souhaite entendre M. Barahira sur la période du 7 au 12 avril 1994, avant la réunion sur le terrain de football.

Contrairement au récit de M. Ngenzi sur cette même période, celui de M. Barahira est très court. Il ne fait pas de grand discours et a fait une explication très succincte des événements pendant 15 minutes. Il se limite à dire qu’il est resté chez lui car c’est ce qui était préconisé par les autorités dans ce qu’il appelle « la période de tristesse » suite à la mort du Président. Il a fait un saut à Kabarondo la journée du 9 avril et cela pour récupérer les loyers et faire des courses avant de retourner chez lui. Ce n’est qu’au 13 avril qu’il est retourné à Kabarondo.

Cela permet à Mme la Présidente de lui demander ce qu’il s’est passé durant cette réunion au terrain de football. M. Barahira nie non seulement sa présence à cette réunion mais il accuse tous les témoins de cette scène à mentir sur l’existence même de cette réunion. Il dit être victime d’un complot organisé par des personnes qui n’avaient qu’intérêt à le pointer du doigt comme étant l’instigateur de cette réunion afin de pouvoir bénéficier d’une remise de peine. Il affirme que pour qu’une réunion puisse se dérouler, il doit y avoir une demande préalable aux autorités communales. Or il dit qu’aucune demande officielle n’ayant été faite pour cette réunion, elle n’a pas pu exister.

Il termine par dire que « la réunion a été inventée ».

Il est 12h30 à la fin de son récit. M. Barahira devant se rendre à sa dialyse, Mme la Présidente suspend l’audience jusqu’au lendemain sans que personne n’ait eu le temps de poser des questions laissant en suspens ces dires.

Mardi 31 mai 2016

 L’audience de cette matinée est marquée par le témoignage de deux personnes, deux agriculteurs, ayant eux-mêmes été condamnées pour avoir participé au génocide. Le premier, M. Patrice NGIRUMPASTE, a été condamné à 7 ans mais en a fait 11. Le second, M. Félicien KAMANA, avait été condamné à 7 ans également par le tribunal des Gacacas mais a effectué 10 ans de prison.

Ils ont notamment participé au « projet forêt », durant laquelle de nombreux Tutsis ont été tués suite la réunion qui s’est tenue sur le terrain de football. Cette réunion avait pour but de faire appel à un grand nombre de Hutus afin de débuter les tueries.

Alors que M. Barahira avait nié l’existence même de cette réunion, les deux témoins d’aujourd’hui affirment le contraire puisqu’ils affirment y avoir été présents. D’après eux, il y aurait eu environ 300 personnes présentes. Tous deux ont les mêmes paroles et affirment la même chose. Ils témoignent tous les deux de la phrase que M. Barahira aurait dit durant cette réunion : « Rentrez-chez vous assurer votre propre sécurité. Ne tuez pas les femmes elles n’ont pas d’ethnies ».

Cette phrase a fait l’objet de plusieurs interrogations par les différentes parties. Est-ce que toutes les femmes étaient concernées ? Pourquoi des femmes ont été tuées ? Que signifie « assurez votre propre sécurité » ?

Le témoignage de M. Ngirumpaste place non seulement M. Barahira sur les lieux de la réunion mais en plus, il le dépeint comme une personne importante dont le discours a pu entrainer des tueries. Il dit que ces massacres étaient nécessaires car c’est ce qui était ordonné par les autorités. Cependant, il affirme que ce n’était pas M. Barahira qui présidait cette réunion mais M. MUMVANO et que c’est lui qui aurait donné l’ordre de tuer tous les Tutsis.

Il débute son témoignage en disant une chose frappante, il est là comme « messager du parquet de KIGALI ». Il dit être là en leur nom parce que c’est ce qu’on lui a demandé. Paradoxalement, il affirme que tout ce qu’il raconte vient de ce qu’il a vu et entendu personnellement. Cela laisse planer un doute concernant ses dires. Une fois son témoignage terminé, il s’assoit dans le fond de la salle.

Le témoignage de M. Kamana est très similaire à celui de M. Ngirumpaste ce qui soulève la question de savoir s’ils se sont concertés. En effet, les deux témoins ont voyagé ensemble leur laissant le temps et l’opportunité de parler de l’affaire. C’est Mme la Présidente qui a remarqué que les deux témoins avaient cité avec exactitude les propos qui auraient été tenus par M. Barahira durant la réunion. Mais M. Kamana affirme que durant leur voyage, ils n’ont à aucun moment discuté de l’affaire.

Il y a eu beaucoup de contradictions entre les dires de M. Barahira et ceux de ces deux témoins. Aussi, alors que l’Avocat général nous avait habitués à pointer les contradictions du doigt et être sévère avec les deux accusés, quand il s’adresse aux témoins, il est plus souple et ses questions ne sont pas tout aussi pointilleuses.

La séance se termine par une série de questions posée par Me Mathe à M. Kamana concernant les conditions de son incarcération. On apprend que la raison pour laquelle ils n’ont effectué que 7 ans c’est parce qu’ils ont avoué leurs crimes. Un nouveau problème se pose alors quant à leurs témoignages car la promesse d’une réduction de peine en échanges d’aveux pourrait compromettre la véracité de ces aveux.

 Interrogatoire de Tito Barahira

Durant son interrogatoire, Tito BARAHIRA est interrogé sur les faits concernant le massacre commis le 12 avril à CYINZOVU et concernant la réunion du terrain de football vraisemblablement organisée le 13 avril.

La présidente lui posera alors des questions sur l’existence de ces événements, auxquels il répondra que ce sont des mensonges, que cela n’a pas eu lieu et qu’il s’agit d’un complot monté contre lui par des responsables de juridictions gacacas. L’accusé dira avec fermeté ne pas avoir vu le Colonel RWAGAFILITA et niera avoir des liens avec lui. Il ajoutera, en outre, qu’il n’y avait pas d’armes chez lui, simplement des outils de cultures à savoir une hache et une machettes, nécessaires pour le travail de récolte au champs.

Prenant note de ces déclarations, la présidente reviendra alors sur son appréciation de l’existence de complot sur sa personne, en lui précisant que les personnes qui le mettent en cause ne sont pas que des personnes condamnées et que parfois, bien au contraire, ce sont des condamnés qui témoignent à décharge contre lui. À cette question, il continuera d’affirmer que c’est un complot. S’en suivra la question portée par un juré qui demandera à Tito Barahira s’il a pu constater des troubles, ou encore voir des cadavres, des conflits lors de ses déplacements. À cette question, Tito Barahira maintiendra qu’il n’a rien vu de tout cela. Concernant le fait qu’il eût été au courant de l’afflux de réfugiés au sein de l’église de Kabarondo, l’accusé répondra qu’il pensait que les réfugiés fuyaient l’avancée du FPR. C’est alors que de manière assez ferme, Me LAVAL énoncera qu’il paraît invraisemblable que Tito BARAHIRA n’ait rien vu lors de ses déplacements. Puis, Me LAVAL cherchera à confondre l’accusé sur la période du 9 au 13 avril, et sur ces nombreuses contradictions et notamment sa déclaration visant à dire qu’il serait resté chez lui pendant ce laps de temps, alors que son épouse a déclaré qu’il sortait chercher à manger.

C’est alors que Me GISAGARA reviendra sur le fait du meurtre d’un de ses grand ami, qui a été tué parce qu’il était tutsis. L’avocat lui demande alors s’il a cherché à se renseigner sur les raisons de cette mort lorsqu’il a appris le décès de cet ami. L’accusé répondra que non et ajoutera qu’il ne s’est pas déplacé pour rencontrer la famille de l’ami et savoir ainsi davantage ce qu’il s’est passé. Il expliquera qu’au moment des faits il n’était pas possible de se déplacer. Une précision à résonnance de contradiction, puisqu’il est évoqué précédemment qu’il s’était déplacé pour aller à KABARONDO. L’accusé semble se refermer davantage, lorsqu’aux questions de l’avocat général, il maintient sa position de celui qui n’a rien vu, rien entendu et rien fait.

Par les questions de son avocat, Me MEILHAC, on apprendra qu’il a tout au plus effectué des tâches ménagères chez lui entre le 7 et le 13 et qu’il est allé selon lui à KABARONDO à deux reprises seulement, à savoir le 7 et le 9 avril afin de récupérer ses loyers.

Audition de l’abbé Oreste INCIMATATA, rescapé, curé de la paroisse de Kabarondo en 1994

L’un des moments phares de cette journée, la déposition de l’abbé INCIMATATA qui porta sur la période précédant le génocide, mais également et plus précisément sur le massacre de l’église de Kabarondo qui a eu lieu le 13 avril 1994.

Il affirmera notamment en amorce de son propos que le Colonel RWAGAFILITA avait beaucoup d’influence,de pouvoirs et de liens avec le gouvernement par son statut d’ancien militaire, et que les communes où sont influence était élevée se sont enflammées, notamment la commune de KIGARAMANA, secteurs de BISENGA, RUBIRA, RUNDU et REMERA.

Selon le témoin, le début des massacres dans la commune a engendré une affluence de réfugiés à l’église de KABARONDO, accueillis par l’abbé INCIMATATA. C’est ainsi que le témoin évoque avec précision et dans un langage clair, les divers entretiens qu’il a eu avec le bourgmestre à propos de la situation, et notamment le problème du ravitaillement des réfugiés. Le témoin affirme alors qu’une réunion de sécurité a été organisée, le 11 avril, par le bourgmestre avec l’aide des différents responsables de secteurs et les autorités religieuses. Au cours de cette réunion, il aurait été convenu de faire appel à une aide militaire, et ce que, selon le témoin, O. NGENZI serait allé chercher le jour même à Kibungo.

Pendant ce laps de temps, les gens se seraient rassemblés sur la place du marché afin de prendre connaissance de la teneure de cette réunion. Le témoin aurait alors expliqué à ces derniers ce qui avait été décidé au cours de la réunion. Le témoin précisera alors, de manière directe, que, T. BARAHIRA était présent et qu’il aurait été désigné par la population comme étant la personne qui aurait attisé les conflits et incité au massacre. Ce que Me Meilhac ne manquera pas d’essayer de contredire en rappelant que T. BARAHIRA déclare ne pas avoir été présent à Kabarondo le 11 avril. Le témoin ajoutera alors ne plus avoir revu O. NGENZI, mais selon le témoin, il aurait suivi les instructions qui lui auraient été données à Kibungo.

Puis, dans un récit limpide, le témoin va décrire avec précision et une émotion palpable, l’attaque des réfugiés présents à l’église le 13 avril.

Le témoin va expliquer que le matin même, le conseiller de secteur serait passé dire à l’abbé qu’une réunion de sécurité allait se tenir à la place du marché. Mais en réalité, les personnes qui se sont rendues sur place ont fait l’objet d’une attaque par les miliciens présents sur place. C’est alors que, selon le témoin, les réfugiés se seraient alors défendus à l’aide de pierres destinées initialement aux travaux d’agrandissement de l’église de Kabarondo.

Le témoin affirmera alors avoir vu le véhicule de O. NGENZI circuler sur la route dans la direction de Kibungo. Il explique alors que quelques instants après, il aperçoit le véhicule revenir, suivi par des gendarmes. De ce constat, l’abbé pense que O. NGENZI aurait appliqué les instructions données lors de la réunion du 11 avril, et que le bourgmestre serait allé chercher les gendarmes voyant que les miliciens n’arrivaient pas à clôturer leurs actions sur les réfugiés. C’est pourquoi, selon le témoin, c’est grâce aux armes à feu et aux grenades que les gendarmes ont pris le dessus sur les réfugiés.

L’abbé précisera que face aux événements, il s’est alors réfugié dans sa chambre et qu’à partir de ce moment il n’a donc pu voir la fin de l’attaque, et notamment le tri qui aurait été effectué parmi les survivants. Il précise d’ailleurs, comme pour devancer les questions, que cela lui a été rapporté par l’abbé Papias, le soir même.

En retour de ce récit, à la question de savoir qu’elle serait l’image qui lui reste l’esprit, le témoin prendra un temps avant de répondre avec une certaine émotion profonde l’image qui lui reste en tête « Les bébés qui tétaient le sein de leur maman morte. Ils seront tous massacrés le lendemain. »

 

Mercredi 1er juin 2016

Audition de madame Christine MUTETERI, agricultrice, qui décidera de se constituer partie civile à la suite de son témoignage.

Un témoignage particulièrement bouleversant d’une femme portant encore les stigmates des massacres du 13 avril 1994 dans l’église de Kabarondo. Le témoin racontera avec précision sa venue à l’église de Kabarondo le 9 avril en compagnie de son mari (qui sera tué) et de ses quatre enfants (dont le fils ainé sera tué) afin de trouver de l’aide auprès du bourgmestre, O. Ngenzi. Elle évoquera l’arrivée de personnes en foulards rouges autour de la tête et armées de lances, de pierres et de machettes : « Ils se sont mis à lancer des pierres sur nous. Les jeunes hommes qui étaient dans l’église sont sortis pour se battre. Ils se sont lancé des pierres et ils les ont tués. On a ramené des corps à l’église. Quiconque sortait, on le tailladait ». Elle détaillera qu’un obus a notamment été lancé par les assaillants, qui a transpercé le toit de l’église de Kabarondo.

La témoin affirme avec fermeté la présence de O. Ngenzi tout au long de cette attaque, qui a duré, selon elle jusqu’à 15H00. Selon la témoin, l’arrivée de la nuit a favorisé l’arrêt des tueries mais dès le lendemain, ils seraient revenus pour achever les personnes encore présentes. La témoin affirme alors que O. Ngenzi aurait emmené des personnes au centre de Santé afin d’achever ceux qui s’étaient réfugiés la bas.

S’en suivent les questions de la présidente qui porteront sur l’épisode des vaches et des propos que NGENZI aurait tenu à savoir : « Vous avez tué les vaches alors que leurs propriétaires sont encore en vie ! » La témoin précisera alors que ce sont des propos qui lui ont été rapportés. Derrière les questions de la présidente, est sous-jacente la question de savoir si la témoin a été témoin direct des faits, ou si elle rapporte des propos qu’elle aurait alors entendu. Elle précisera alors que O. NGENZI serait bien allé chercher des militaires en renfort, puisque blessée elle-même, elle aurait alors fait semblant d’être morte en posant sa tête sur le corps sauvagement blessé d’un femme présente à côté d’elle. Elle précisera enfin devoir son salut à une femme qui l’accompagnait et qui a donné de l’argent aux tueurs.

Enfin, elle terminera sa déposition par ce propos fort et résonnant : « Si le bourgmestre avait dit non, il n’y aurait jamais eu de génocide à Kabarondo ».

Audition de monsieur Justin KANAMUGIRE, en visio-conférence

Le témoin, cité par Me Meilhac, est un rescapé de l’église de Kabarondo. Lors de sa déposition il évoque des réunions qui se seraient tenues avant le génocide chez un certain Daniel avec les membres du Simba Bataliani, réunions au cours desquelles O. NGENZI les « aurait incités à tuer les Tutsi ». Selon le témoin, ce sont ces individus que O. Ngenzi aurait fait venir lors des tueries à l’église de Kabarondo, et qui les aurait récompensés en donnant la récolte de pillage de plusieurs magasins et de véhicules.

C’est alors que de manière inattendue, Me MATHE, alertée par une autre avocate, interrompt l’audience, en raison du fait que le témoin serait en réalité en train de lire un document qu’il aurait dissimulé sur ses genoux. Prenant acte de ce fait, la présidente ordonne au témoin de se séparer de ce document.

Par les questions de la Présidente, le témoin confirme que des réunions se sont bien tenues avant le 7 avril et selon lui, en présence de O. Ngenzi. Il évoquera aussi une réunion tenue le 9 avril, ainsi qu’une altercation avec des assaillants le 13 avril au matin. Il confirmera également avoir été présent sur les lieux, et vu de ses yeux le meurtre d’un jeune homme, Viateur, tué par les Simba Batalioni. Il racontera ensuite sa fuite avec un dénommé Damascène en direction de l’église et qu’ils seront alors chassés par le pasteur.

Le témoin précisera au cours de sa déposition, qu’en témoignant, il a le sentiment de mettre sa vie en danger car dira t-il «  ce n’est pas bien vu pour un rescapé de faire des témoignages ».

Jeudi 2 juin 2016

Audition de Radjabu SIBOMANA, policier communal en 1994.

Selon ce témoin, Octavien NGENZI a organisé des réunions les jours précédant l’attaque de l’église de Kabarondo, expliquant qu’il ne fallait pas s’entre-tuer mais au contraire aider les réfugiés de l’église. Tout en précisant quelques minutes plus tard, que pour lui l’attaque du 13 était déjà à ce moment là planifiée.

Il donnera ensuite des détails sur le massacre de l’IGA où selon lui, O. NGENZI serait venu le chercher en personne et ne souhaitant pas venir, il affirme que le bourgmestre l’aurait menacé à l’aide d’une arme qui aurait été délivrée à ce dernier par le colonel RWAGAFILITA. Une fois sur place, il affirme que O. NGENZI aurait opéré un tri au sein des personnes présentes et désigné les Tutsi. C’est alors qu’à la suite de ce tri, un certain CYASA aurait tiré sur ces personnes. Le témoin affirmera à la barre que Octavien NGENZI aurait alors demandé aux personnes présentes d’aller fouiller les maisons à la recherche des Tutsi.

Au moment des questions, l’Avocat Général ne manque pas l’occasion de revenir sur ce que le témoin peut dire au sujet du colonel RWAGAFILITA, lequel précisera que c’était quelqu’un d’important qui aurait notamment distribué des armes sur la commune et plus particulièrement à O. NGENZI.

Habituée à une défense incisive, Me Mathé poussera le témoin face à ses contradictions testant in fine sa crédibilité concernant le massacre survenu à l’église de Kabarondo le 13 avril. Toutefois cet exercice aura moins d’impact concernant les faits qui se sont déroulés à l’IGA, où le témoin semble rester cohérant et fidèle dans ses déclarations.

Audition de Jean-Baptiste GATABAZI, policier communal, aujourd’hui agriculteur.

La matinée se poursuit par la déclaration spontanée d’un policier communal en poste en avril 1994, les questions seront posées dans l’après midi au vu de l’heure avancée.

Le témoin détaille l’organisation de la commune, le nombre de policiers en poste, le nombre d’armes acquises par la commune. Selon le témoin, avant le génocide O. NGENZI était en bons termes avec les policiers communaux et la population.

Il évoque ensuite la période du génocide, et il affirme que des barrières ont été mises en place un peu partout, et expliquera également qu’il y avait bien des Interahamwe sur la commune de KABARONDO, ainsi qu’un groupe dangereux d’anciens militaires, le SIMBA BATALIONI.

Concernant la journée du 13 avril, le témoin déclare avoir vu le colonel RWAGAFILITA passer devant le bureau communal et tourner en direction de chez Octavien NGENZI. Il déclare également ne pas avoir été convié à une réunion de sécurité par le conseiller Jean-Pierre RWASAMIRERA.

Il évoquera que suite à l’explosion d’une grenade, il s’est alors rendu sur la place du marché afin de tenter de repousser les Interahamwe qui attaquaient les réfugiés de l’église. Mais devant le faible nombre de personnes pour résister, il explique que les policiers communaux sont retournés dans la commune. Il précisera alors que les militaires sont arrivés et il affirme avoir vu Octavien NGENZI avec eux et, selon le témoin, celui-ci incitait la population à aider les attaquants dans leur but de tuer les réfugiés de l’église.

Le témoin évoquera également que dès le lendemain des militaires sont revenus et ont trouvé des personnes cachées à l’IGA. Selon le témoin, le bourgmestre NGENZI aurait été contacté pour savoir si c’est lui qui avait caché ces personnes. Et lorsque Octavien NGENZI arriva, le témoin déclare que celui-ci aurait dit: « Si vous voulez les tuer, tuez-les ». Il ressort que selon le témoin, les personnes présentes attendaient une sorte d’approbation de la part du bourgmestre.

Suite à une question précise de l’Avocat Général, le témoin précise que, lors de l’attaque de l’église, Octavien NGENZI avait une position de dirigeant, de superviseur.

Suite à une question de Me MATHE le témoin précisera qu’il a perdu beaucoup de membres de sa familles, tous tués, voire brûlés, par des militaires qui se vengeaient.

Audition de Samuel NDOBA, policier communal en 1994.

Le témoin expose que le 13 avril, il est retourné à la commune pour demander des renforts qu’on ne lui a pas accordés. Puis il explique s’être rendu au Centre de Santé pour chercher des médicaments en vue de les distribuer aux gens qu’il héberge chez lui. Il va affirmer avoir alors entendu l’explosion d’une grenade et expliquera que les militaires ont alors continué à tirer sur des réfugiés en la présence du bourgmestre Octavien NGENZI. Il précisera qu’à compter de ce jour, il ne l’a alors plus revu.

Suite aux questions de la Présidente, le policier détaillera les véhicules utilisés dans la commune, de l’engagement de NGENZI au MRND, de la présence des Interahamwe à Kabarondo, du Simba Batalioni, des Abarinda,

Il précisera en outre n’avoir jamais vu O. NGENZI s’en prendre à des tutsis avant le génocide. Mais qu’à partir de 1990, une “chasse aux Tutsi” a commencée et le témoin affirme que le bourgmestre était chargé de dénoncer les espions dont il détenait les noms sur une liste.

Le témoin expose également une visite matinale du colonel RWAGAFILITA qui aurait eu lieu chez O. NGENZI, le 13 avril, et où le début des massacres suivra cette visite.

En fin de journée, un dialogue entre Me MATHE et le témoin restera en tête, où l’avocate tout en brandissant une liste déclarera “En décembre 1999, même en 1996, vous étiez sur la liste du Parquet concernant les tueurs de première catégorie, sous le numéro 1029 puis 1250!” ce qui ne manquera pas de faire réagir certains avocats des parties civiles et où le témoin finira par dire: “Je suis passé devant les gacaca et personne n’a témoigné contre moi.” S’en suivra la réplique cinglante de l’avocate: “Vous êtes sur la liste des tueurs de première catégorie et vous êtes libre!”

Vendredi 3 juin 2016

Audition de Manassé MUZATSINDA, agriculteur, policier communal en 1994, neveu de RWAGAFILITA.

Selon le témoin, avant 1990 et l’attaque des forces du FPR, tout se passait bien dans la commune de Kabarondo. Il y régnait une bonne entente entre les Hutu et les Tutsi. “Nous étions tous les mêmes à l’époque, nous espérions que les militaires gagneraient la guerre contre le FPR“. Puis il exposera la dégradation des relations, pour aborder la période du 11 au 13 avril 1994.

Ainsi, s’agissant du 11 avril, le témoin explique s’être rendu, avec d’autres à Murama, dans le Mutara, car des individus perturbaient la sécurité. Mais, ils seront alors accueillis pas des grenades et des jets de pierres. Transport des blessés à Kibungo où ils rencontrent NGENZI près du camp militaire. Ils lui demandent des renforts : rien ne sera fait.

Le 13 au matin, il est témoin du départ de réfugiés vers la place du marché où on leur avait demandé de se rendre: ils tombent nez à nez avec des Interahamwe qui les attaquent (jet de grenade). La présidente, qui cherche à connaître l’emploi du temps précis du témoin, lui signale qu’il évoque aujourd’hui des événements dont il n’avait pas parlé lors de sa déposition initiale. Il parle ensuite de l’attaque des militaires qui vont tirer sur l’église: ”N’entravez pas le travail des militaires” aurait dit le bourgmestre. NGENZI ne serait revenu que lorsque les tirs avaient cessé. La population entrera ensuite dans l’église pour achever les rescapés. La présidente reformule une question : ”NGENZI était là pour inciter la population à participer aux massacres?” “C’est ainsi que je vois les choses“, répond le témoin. Ce dernier sera amené à tirer sur quelqu’un dont “on disait que c’était un mauvais esprit“! Il quittera les lieux, ”perturbé” par son geste. Il ira chercher son épouse au Centre de Santé deux ou trois jours plus tard.

L’avocat général pose à son tour des questions courtes et précises : présence des barrières, rôle et pouvoir de NGENZI, présence des Interahamwe et du Simba Bataliani, massacres à l’intérieur de l’église, RWAGAFILITA “ennemi des Tutsi, un homme craint“.

Audition de Léopold GAHONGAYIRE, qui déclare vouloir se constituer partie civile.

L’après midi du vendredi 3 juin était consacrée à l’audition de deux témoins, Léopold GAHONGAYIRE et Marie MUKAMUNANA, et de deux parties civiles, Eulade RWIGEMA et Straton GAKWAVU.

Le premier témoin, Hutu qui s’était réfugié à l’église avec sa famille à l’époque des faits, évoque le fait que, la veille du massacre de l’église, BARAHIRA avait envoyé quelqu’un les chercher pour les extraire de l’église, semblant ainsi accréditer la thèse d’un plan prémédité.

Les deux parties civiles expliquent qu’elles sont venues charger M. NGENZI, en tant qu’autorité responsable de la commune à l’époque, et livrent une version des faits assez semblable : le 13 avril 1994, le colonel RWAGAFILITA serait venu chercher les hommes à l’église, les informant qu’une réunion allait se tenir sur la place du marché, afin « d’organiser leur sécurité ». Il s’agissait en réalité d’un guet-apens : les Interahamwe les attendaient pour les tuer, avec des grenades mais aussi des fusils, des machettes et des lances. Ils se sont donc rabattus vers l’église où le massacre des hommes, mais aussi des femmes et enfants a continué.

  1. RWIGEMA termine son témoignage en expliquant que le problème selon lui ne venait pas des Hutus, car avant et après le génocide Hutus et Tutsis vivent en paix, mais bien des autorités, et que c’est à ce titre qu’il souhaite que M. NGENZI soit condamné. M. RWIGEMA a perdu sa femme et ses deux enfants dans le massacre de l’église.

Le dernier témoin, Marie MUKAMUNANA, explique au début de son audition qu’elle souhaite se porter partie civile, puis explique longuement le déroulement du massacre tel qu’elle l’a vécu, ainsi que sa fuite. Cette dernière utilise souvent le « on » lorsqu’elle raconte son histoire, déclarant qu’ « on nous a tué ». Mme MUKAMUNANA a perdu son mari et ses sept enfants à l’église.

Cet après-midi a permis de mettre en lumière le déroulement du massacre de l’église, lors de témoignages assez difficiles.

ARTICLES DE PRESSE

Franck PETIT, « Ombre et brouillard du génocide rwandais au procès de Paris », Fondation Hirondelles [en ligne], 29 mai 2016, [http://www.justiceinfo.net/fr/component/k2/27512-ombre-et-brouillard-du-génocide-rwandais-au-procès-de-paris.html]

Emmanuel SEHENE RUVUGIRO, « Ce que disent les rescapés et les bourreaux de Kabarondo du procès de Paris du génocide rwandais », Fondation Hirondelles [en ligne], 1er juin 2016, [http://www.justiceinfo.net/fr/component/k2/27600-rwanda-bourgmestres-paris-genocide-justice.html]

Franck ALEXANDRE, « Procès du génocide rwandais à Paris : premiers témoignages de rescapés », RFI [en ligne], 1er juin 2016, [http://www.rfi.fr/afrique/20160601-proces-genocide-rwandais-paris-premiers-temoignages-rescapes]

Célian MACE, « Rwanda : la « terrible journée » de Kabarondo racontée aux assises », Libération [en ligne], 1er juin 2016, [http://www.liberation.fr/planete/2016/06/01/rwanda-la-terrible-journee-de-kabarondo-racontee-aux-assises_1456674]

RFI, « Procès du génocide rwandais : le récit glaçant des rescapés de Kabarondo », RFI [en ligne], 3 juin 2016 [http://www.rfi.fr/afrique/20160603-proces-genocide-rwandais-le-recit-glacant-rescapes-kabarondo]

La Croix, « Génocide rwandais aux assises : les enfants « tailladés » de Marie Mukamunana », La Croix [en ligne], 3 juin 2016, [http://www.la-croix.com/France/Genocide-rwandais-assises-enfants-taillades-Marie-Mukamunana-2016-06-03-1300766273]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s